Rimbaud-Ophélie

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Ophélie

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles,
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles.
on entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle.
Elle éveille parfois, dans un aulne qui dort,
Quelque nid d’où s’échappe un petit frisson d’aile,
Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

O pâle Ophélia, belle comme la neige,
Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C’est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté.

Et le poète dit qu’au rayon des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys !

Arthur RIMBAUD, Poésies (composé en 1870)

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